L’octroi de crédit responsable a un rôle important à jouer dans la relance économique du Cambodge

septembre 7, 2020
Avec un peu moins de 300 cas de coronavirus, le Cambodge semble réussir jusqu’à présent à endiguer la propagation du COVID-19. Malheureusement, cette réussite ne préserve pas les Cambodgiens de la tempête économique qui s’est abattue sur le pays suite aux mesures de protection prises contre le virus. Incofin cvso voit dans les difficultés économiques un appel à jouer son rôle d’investisseur à impact et l’assume à présent en proposant une série de contrats de crédit pour ses partenaires de microfinance au Cambodge.

Vuthy Chea, Deputy Regional Manager Asie pour Incofin IM, reconnaît que le timing n’est pas dû au hasard: « Incofin est actif au Cambodge depuis de nombreuses années et y a développé des partenariats durables avec d’importants organismes. Compte tenu de l’impact de la crise subie par le Cambodge, nous avons décidé de passer à la vitesse supérieure. Nous renforçons la position de liquidité de nos partenaires de microfinance, ce qui leur permet de faire preuve de la flexibilité nécessaire envers les nombreux Cambodgiens qui rencontrent soudain des difficultés pour rembourser leur prêt. Beaucoup de mes compatriotes ont perdu au moins partiellement leurs revenus suite aux conséquences de la crise du coronavirus.”

Vuthy Chea souligne que tous les secteurs n’ont pas été touchés aussi durement: On constate un impact moins important sur le secteur agricole. De nombreux Cambodgiens qui s’étaient installés en ville avant la crise sont maintenant retournés dans leur village natal, à la campagne, où les mesures sont moins nombreuses et où il y a donc un afflux de main-d’œuvre. Ce n’est apparemment qu’une question de temps avant que ceux qui ont déserté les villes trouvent un travail dans leur village natal. Par contre, un secteur qui rencontre des difficultés est celui du textile, de l’habillement et de la chaussure. Le secteur n’a pas été totalement pris au dépourvu par ce revers. La Commission européenne avait décidé en février de supprimer les droits d’importation réduits, et donc de rendre les marchandises en provenance du Cambodge plus chères pour le consommateur européen. Compte tenu de la baisse de la demande européenne et américaine, le secteur était en train de réorganiser la chaîne d’approvisionnement. Pour ses matières premières, le Cambodge dépend en grande partie de la Chine, et cette ligne d’approvisionnement était déjà gravement perturbée par le coronavirus depuis le début de 2020. Des usines textiles ont dû fermer et environ 150 000 emplois ont été perdus dans le secteur.”

Un autre secteur frappé de plein fouet est le tourisme. Alors qu’en 2019 le Cambodge avait accueilli plus de 6,5 millions de visiteurs étrangers, les restrictions de voyage ont provoqué un effondrement du secteur du tourisme : des sites touristiques populaires tels que Siem Reap et le complexe de temples d’Angkor Vat tout proche sont restés pratiquement déserts au cours du premier semestre 2020.

Ce sont donc précisément les secteurs sur lesquels repose l’économie cambodgienne qui souffrent le plus. Selon les chiffres de la Banque mondiale, ces deux secteurs, ainsi que le secteur des transports, lui aussi fortement impacté, représentent près de 40 % de tous les emplois et 70 % de la croissance économique. On constate un ralentissement économique et un effet d’entraînement sur d’autres domaines, comme le secteur financier.

L’impact du Covid-19 sur le secteur de la microfinance au Cambodge

Selon Kea Borann, CEO de AMK et président de l’Association cambodgienne de microfinance : “Il ne fait aucun doute que notre secteur est impacté. Je m’attends à ce que la croissance que notre secteur a connue ces dernières années ralentisse, et nous pourrions être confrontés à un léger repli. Nous en ressentirons probablement les effets jusqu’en 2021 ; les gens auront besoin de temps pour digérer cette crise. Nous constatons que nous sommes surtout nécessaires dans les zones rurales, auprès des petits commerces et des entrepreneurs, afin de leur permettre de répondre à leur tour aux besoins locaux de la population. Au Cambodge, 60 % de la population travaille au sein de petites fermes. Ainsi, un riziculteur moyen a besoin d’environ 800 dollars pour préparer la saison des semis.”

Les crédits qu’octroie actuellement Incofin à ses partenaires au Cambodge sont donc les bienvenus, maintenant que leurs activités aussi sont sous pression. Parallèlement, le secteur s’attend à une augmentation de la demande de microfinance dans un avenir proche. En témoigne Sok Voeun, CEO de LOLC : “On voit que ça recommence à bouger, mais la demande de crédit a été au point mort en raison de la baisse d’activité de nos clients, de la diminution des revenus, et de l’attitude plus prudente que nous avons adoptée.”

Des signaux encourageants

Vuthy Chea souligne la résilience de la population et se félicite du soutien des investisseurs au secteur de la microfinance. Le Cambodge est un pays où l’approche collaborative fonctionne bien, notamment grâce au leadership de l’association sectorielle et à la banque centrale. Pour l’ensemble du secteur de la microfinance, 190.000 clients ont sollicité une révision de leur crédit et 90 % des demandes ont été approuvées. Soit une valeur totale de 740 millions d’euros de prêts qui ont été revus. Tant que le monde tourne rond, il est facile de financer les organismes de microfinance. C’est dans une période difficile comme celle-ci que votre engagement et votre relation avec le partenaire dans lequel vous investissez sont mis à l’épreuve. Nous sommes plus attentifs au besoin de nos partenaires de restructurer les prêts, et nous le coordonnons avec les autres prêteurs de la région. Malgré l’impact économique, il est essentiel de financer l’aide pour revitaliser ou pérenniser les entreprises. »

Passer de prêts informels à des sources de crédit formelles et mieux protégées

Dans le passé, le secteur de la microfinance a déjà montré son utilité au Cambodge, en particulier par sa contribution à la reconstruction socio-économique spectaculaire qui a suivi la guerre civile sanglante des années 1970-1980. Les microcrédits ont joué un rôle important dans cette réussite.

Vuthy Chea :On constate également ces dernières années que l’octroi responsable de petits crédits est un facteur important pour accroître la protection et la prospérité du petit entrepreneur et de sa famille au Cambodge. Surtout ceux des zones rurales, pour qui l’accès aux banques classiques n’est pas évident et qui, en matière de financement, dépendent de sources informelles, comme des usuriers parfois peu scrupuleux. Les prêts informels s’accompagnent de taux d’intérêt élevés et offrent moins de protection à l’emprunteur.”

Une évolution que la Banque mondiale reconnaît elle aussi dans un rapport de 2019; elle a calculé que le nombre de ménages qui empruntent auprès d’une source formelle telle qu’une banque ou une organisation de microfinance est passé de 8 % en 2004 à 30 % en 2017, tandis que le nombre de ceux qui restent tributaires de prêts informels est passé de 32 % à moins de 6 % sur la même période. Le nombre total de ménages ayant contracté un prêt n’a quant à lui pas changé de façon significative. Au Cambodge, la microfinance a permis de chasser les usuriers du marché et a encouragé la transition vers des sources de crédit formelles, en particulier parmi les familles les plus pauvres.

Néanmoins, certaines familles, souvent à cause d’acteurs malhonnêtes sur le marché, étaient encore confrontées au surendettement et menacées de perdre leurs terres et leurs biens. C’est pourquoi, sous la supervision de l’ACM et de la Banque nationale du Cambodge (NBC), une coopération a été mise en place entre les communautés locale et internationale pour développer une meilleure réglementation du crédit.

Vuthy Chea insiste sur le fait qu’il faut rester vigilant : Nous reconnaissons que la microfinance est un secteur plutôt mature au Cambodge et que le risque préexistant de surendettement des ménages a maintenant augmenté en raison de la crise. Mais nous sommes confiants dans les règles de notre propre processus d’investissement et dans l’approche prudente et responsable de nos organismes partenaires. Incofin s’est imposé comme pionnier en édictant des directives importantes en faveur de la protection des crédits responsables. Ce projet est actuellement en cours de suivi. Les résultats peuvent être attendus d’ici la fin de cette année.”

“Un autre aspect important est l’éducation financière des personnes qui contractent un prêt. Les personnes mieux informées peuvent mieux se protéger des usuriers et prendre de meilleures décisions en matière de crédit.” Au Cambodge, les organismes de crédit avec lesquels Incofin coopère sont conscients de l’importance de l’éducation et investissent dès lors dans la formation et d’autres formes d’apprentissage afin d’améliorer les connaissances financières de leurs clients. Dinn Dos, CEO d’Amret précise : Ces deux dernières années, Amret a organisé des formations en matière d’éducation financière, auxquelles environ 4.000 personnes ont participé. Ces formations ont abordé des sujets tels que l’établissement d’un budget, certains concepts et pratiques de base en comptabilité, comment faire la distinction entre dépenses personnelles et dépenses professionnelles. Nous avons dû interrompre notre programme de formation à cause de l’épidémie, mais nous le reprendrons bientôt en plus petits groupes.”

Autre exemple avec LOLC, qui vient de terminer une série de programmes didactiques en radio « Idées pour la croissance ». Amret aussi promeut l’éducation financière depuis 2015 et s’apprête à lancer un nouveau projet relatif à la budgétisation et à l’épargne. Dans le passé, la NBC a également lancé différentes campagnes sur l’éducation financière, dont la dernière s’adressait plus particulièrement aux femmes ayant une entreprise.

Alors que, par le passé, Incofin a réduit ses investissements au Cambodge à certains moments, Dina Pons, co-directrice régionale pour l’Asie et partenaire chez Incofin, estime que la microfinance aidera les Cambodgiens à se remettre des dommages économiques causés par le Covid-19. Dans le passé, nous avons veillé à ne pas injecter trop de liquidités sur le marché et avons donc décidé de réduire notre exposition au Cambodge. Aujourd’hui, nous savons qu’il existe un certain nombre d’organisations qui octroient des crédits de manière responsable et qui connaissent des moments difficiles en raison de la pandémie. Nous voulons être à leurs côtés dans cette tempête afin qu’elles puissent accorder au client final – le Cambodgien ordinaire – le temps de se retourner et un nouveau financement pour relancer son activité économique et repartir de l’avant.”


À propos de LOLC

LOLC (Cambodia) Plc. (“LOLC”) est un organisme de microfinance réglementé en pleine croissance qui se concentre sur les services aux entrepreneurs et aux familles qui se trouvent au bas de la pyramide socio-économique, et qui leur donne l’opportunité d’améliorer leur qualité de vie. LOLC a été fondée en 1994 pour permettre aussi aux femmes dans les zones rurales d’accéder aux services financiers afin de pouvoir financer leur micro-entreprise. En 1999, LOLC était le premier organisme de microfinance réglementé du Cambodge.

www.lolc.com.kh


À propos d’Amret

Amret est un organisme de microfinance de premier plan qui fait partie du top 10 des organismes financiers au Cambodge. C’est une filiale du groupe Advans qui jouit d’une réputation d’organisme responsable et innovant. Amret est resté fidèle à sa mission, qui consiste à fournir aux clients défavorisés des services financiers adaptés à leurs besoins. Pour soutenir l’entrepreneuriat cambodgien, Amret a développé une gamme de services financiers, comprenant notamment des prêts flexibles pour les agriculteurs et pour les micro, petites et moyennes entreprises.

www.amret.com.kh/


À propos d’AMK

AMK est un organisme de microfinance de premier plan en termes de nombre de clients (912.000) répartis dans tout le Cambodge, avec un portefeuille de crédits de plus de 273 millions d’euros et près de 150 millions d’euros de dépôts. La mission d’AMK est d’aider les plus pauvres à améliorer leur vie en leur fournissant des services de microfinance.

www.amkcambodia.com